Les écrivains parlent d’argent de Fabrice Luchini

Il faisait froid et gris. C’était un soir d’automne. Fabrice Luchini jouait son nouveau spectacle au théâtre de mon quartier. Des écrivains parlent d’argent. Charles Peguy, Sacha Guitry, Emile Zola, Marcel Pagnol, Jean Cau, autant de noms prestigieux et célèbres. Autant d’auteurs ressuscités par la plume précise de Fabrice Luchini.

Fabrice Luchini, une certaine idée de la culture française

Auteur et acteur, Fabrice Luchini a toujours pris un soin particulier à valoriser l’art à la française, à travers l’ensemble de sa carrière. Récompensé en 1994 par le césar du meilleur acteur dans un second rôle pour sa prestation dans le film Tout ça… pour ça !, il n’a rien à envier à ses contemporains. Il a également reçu de nombreuses récompenses pour ses rôles au théâtre. En 2015, il endosse le costume de metteur en scène pour son premier spectacle, Poésie ?

Des écrivains parlent d’argent, une pièce percutante et pleine de finesse

Dans ce nouveau spectacle, Fabrice Luchini nous parle donc d’argent. Son argent et l’argent des autres. Il tourne en dérision cette obsession populaire à travers des textes géniaux, volontairement sans queue ni tête. Il évoque son propre porte-monnaie, sans aucune auto-censure. Ainsi, il se plaint d’avoir perdu un million d’euros lors de la terrifiante crise des subprimes en 2008. Excité et fébrile, son personnage sur scène pourrait rappeler le Harpagon de Molière. Avare et excentrique, il se plaît à explorer l’argent sous toutes ses coutures, véritable tabou en France. Il évoque sans fard ses rapports avec ses amis économistes ou banquiers. Il s’amuse avec un vrai sens du rythme de l’affaire Kerviel , de la crise qui touche la Société Générale et du fait que cette même banque détienne la majorité de ses fonds.

Un spectacle drôle et personnel

Véritable monument du théâtre contemporain, Fabrice Luchini évoque la peur commune et répandue de perdre son argent. Même les petites économies, aussi infimes soient-elles. Le ton est léger, délibérément candide et naïf. Il reprend certains textes de grands auteurs, aussi variés que célèbres. Tout s’enchaîne avec une fluidité étonnante. On passe de Karl Marx, le théoricien du communisme, à Louis-Ferdinand Céline, mondialement réputé pour son fameux roman Voyage au bout de la nuit. Fabrice Luchini joue le clown et l’intellectuel à la fois, avec une manière singulière, passionnée et flamboyante. Il mélange ses propres textes avec ceux des autres. Acteur impliqué, ce monument arrive à donner un véritable souffle, une vie authentique à ces écrits parfois plusieurs fois centenaires. De plus, il sait prendre le public à partie et le faire participer. Il se laisse alors aller. Ses mots fusent, insufflés par une imagination vibrante. Avec sa franchise légendaire, il n’épargne personne. Plusieurs personnalités contemporaines, dont nous tairons le nom, passent au peloton d’exécution verbale. D’anciens présidents de la République en prennent même pour leur grade. Pourtant, ses envolées lyriques ne sont jamais méchantes ou gratuites, mais pénétrées par une ironie cynique et grinçante, propre à l’auteur.

Un portrait historique finement documenté

Le spectacle de Fabrice Luchini croule sous les références littéraires et historiques. Ainsi, ce dernier débute la pièce en nous lisant un extrait de l’Argent, le dix-huitième volume des Rougon-Macquart d’Émile Zola. Dans celui-ci, l’écrivain dreyfusard dresse un portrait très détaillé d’un chasseur de débiteurs. Fabrice Luchini donne le ton et enchaîne ensuite sur les années 1890, Wall Street, le capitalisme tout puissant, les golden boys des années 80, les escrocs, les rapaces. Son spectacle est d’une telle rigueur historique, qu’il ne laisse aucune place à l’affabulation ou aux « fake news. »

Les écrivains parlent d’argent, de Fabrice Luchini.
Mise en scène : Emmanuelle GARASSINO
Avec Fabrice Luchini (seul sur scène.)
En représentation à Paris au Theatre De La Michodiere du 15 au 31 janvier 2018.

Rédacteur invité

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