Le bal des débutants

Les lumières s’allument, plantant le décor de l’intérieur d’un appartement de belle facture, tableaux de maîtres à l’appui. Nous sommes à Paris, dans les années 1920. La petite Antoinette entre en scène, dont la robe bleue au col Claudine contraste avec une rage non dissimulée. Elle vient d’avoir 14 ans et fulmine contre ses « nouveaux riches » de parents qui ont fait fortune grâce à un placement boursier juteux : une mère colérique à l’exubérance vulgaire et un père… pas beaucoup mieux mais dans le style effacé. Antoinette rêve de participer au bal que donnent ses parents, car dans ses rêves elle est déjà « une femme aimée et belle ». Bref, c’est une jeune fille très mature. Pour fêter leur nouvelle vie de parvenus, les Kampf ont en effet décidé d’organiser un bal de 200 personnes. Car pour intégrer la haute société parisienne, il faut créer l’événement, à grand renfort de canapés au caviar. Quant à Antoinette, elle n’est pas autorisée à y assister pour ne pas gêner l’exercice mondain. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid…

De la vulgarité bourgeoise

Si Le Bal raconte le passage d’Antoinette à l’âge adulte et les troubles de l’adolescence, c’est un texte qui critique surtout cette haute bourgeoisie parisienne toute en hypocrisie, voguant derrière les distinctions et autres particules. La mise en scène est signée Virginie Lemoine, artiste multi-talents qui a jeté son dévolu sur ce « petit chef d’oeuvre de drôlerie et de cruauté », collaborant avec Denise Epstein, fille ainée de l’auteure. Adaptation fidèle au court roman d’Irène Némirovsky, mise en scène et changements de décor chiadés – le pari est réussi. Avec une mention spéciale pour l’ensemble des comédiens qui semblent avoir beaucoup de plaisir à jouer ce texte, malgré quelques passages qui font penser à du théâtre de boulevard.

Aparté historique

Une fois les lumières rallumées, la professeure de piano d’Antoinette – qui fait beaucoup moins peur dans le civil – s’est glissée quelques minutes dans le costume d’un biographe pour nous raconter ce grand destin romanesque qu’est la vie d’Irène Némirovsky. Le Bal est l’un des premiers livres de cet auteure d’origine russe morte en déportation, à Auschwitz, en 1942. Son roman Suite Française publié 60 ans après sa mort a obtenu le prix Renaudot en 2004 – un cas unique dans le paysage éditorial français ! Evoquant l’exode de 1940 et l’Occupation française, ce roman, que l’on a retrouvé accidentellement dans une petite valise, a bouleversé la vie de tous les gens qui l’ont lu – et dont je fais partie.

Théâtre Rive Gauche / @ThtreRiveGauche
6, rue de la Gaieté
75014 Paris
http://www.theatre-rive-gauche.com

D’Irène NEMIROVSKY
Adaptation Virginie LEMOINE
Mise en scène Virginie LEMOINE et Marie CHEVALOT

Avec
Lucie BARRET @BarretLucie
Brigitte FAURE
Serge NOEL
Françoise MIQUELIS
Pascal VANNSON
Le Bal : du mardi au samedi à 19h
Tarifs : de 33 à 21 euros

Tiphaine Cariou

Retrouvez Tiphaine sur son blog : http://www.tiphaine-cariou.com/blog/

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