Un Bobo chez Napalm Death

Quand je débarque à vélo, sous une pluie battante, devant la Maroquinerie, j’ai l’impression d’arriver dans une de ces espèces de banlieues futuristes contrôlées par des clodo/bikers houblonophiles. Je regrette immédiatement de m’être coupé les cheveux il y 10 ans, époque où je prétendais être le quatrième Bee Gees. Par contre, je suis très content d’avoir le cheveu bien gras vu que j’essaye de me faire passer pour le deuxième Benjamin Biolay.

Je me dirige donc vers la caisse et constate 2 choses assez désagréables :
1) Le prix de vente sur place est de 28 euros au lieu de 25 en prévente à la FNAC
2) La première partie qui devait être assurée par les allemands de KADAVRIK est annulée « pour raison familiale ». Je me demande immédiatement ce que « raison familiale » peut bien vouloir dire pour ce genre de personnes :
hypothèse a) : Le petit frère du bassiste a été surpris en train de dévorer le corps de sa grand-mère qu’il venait de déterrer.
hypothèse b) : La femme du chanteur vient d’accoucher d’un enfant à 2 têtes et une de ces 2 têtes est celle d’Hervé Villard.

Je demande donc à la charmante guichetière si elle peut me vendre un place plein tarif avec supplément de 3 euros et s’il est possible de remplacer la première partie par un groupe français inconnu au bataillon. Evidemment, comme à la SNCF, c’est possible !

A l’intérieur, c’est un peu comme dans la rue en beaucoup plus dense : crêtes, cheveux rouges, barbes d’islamiste radical, cranes rasés, tatouages, t-shirt aux messages revendicateurs, sweat à capuches. C’est clair, on n’est pas chez Bernard Menez.
L’ambiance est déjà très chaude. Je me dis qu’un drink me ferait le plus grand bien. L’accès au bar est difficile, c’est un peu la bousculade. Je me fais dépasser par une espèce de vieux punk que je reconnais immédiatement. Le balayeur de la rue du faubourg poissonnière a troqué son habit de lumière phosphorescent contre un ensemble cuir, chaînes, pointes et piercings. J’hésite à engager la conversation mais, sûrement un peu vexé par sa volonté de passer devant moi, je renonce. Arrive enfin mon tour. Je commande un Cosmopolitan d’un air détaché. Le barman me sert une pinte de Pelfort d’un air vraiment consterné. C’est vrai qu’avec ma coupe Justin Bieber et mon pull Agès B, j’ai un peu l’air d’un bisounours au pays des zombies nazis. Je décide donc de durcir un peu mon image en m’achetant un des très jolis t-shirts en vente en bas de l’escalier. Pinte de bière, t-shirt « Napalm Death » : me voilà infiltré.

20h00 : commencement de la première partie : Necroblasphème.
Bon, vous l’aurez compris, on n’est pas là pour parler musique. Un type tatoué beugle dans un micro trafiqué tandis qu’un gros bardu à cheveux longs bourrine sur une batterie à double pédales avec une espèce de symbale inversée qui, une fois frappée, produit le même son que si l’on décapsulait toute une palette de Kronembourg en même temps.
Je suis un peu surpris de voir que le guitariste utilse une Fender Telecaster. Outils plus fréquemment utilsé, dans ce genre de milieu, pour se limer les ongles que pour déraciner un arbre. Car il s’agit bien de cela ! On n’est pas là pour faire une demande en mariage ni pour apprécier la subtilité lyrique d’un Francky Vincent.
Allez, une petite reprise pour la route : un morceau de Simon et Garfunkel intitulé « Sound of silence » : titre qui n’a jamais aussi mal porté son nom. Impossible de reconnaître l’oeuvre originale puisque la mélodie de chant ressemble à un concours de rots et que la musique est une espèce de bouillie infame. Nos amis Simon et Garfunkel doivent se retourner dans leurs tombes (si, si !).

20h50 : le plat de résistance arrive enfin : Napalm Death
Il faut quand même savoir que ce groupe a été créé il y a 30 ans et qu’il ne reste plus personne de la formation originale même si le bassiste est quand même là depuis un quart de siècle.
Bon, là, c’est clair, on change de catégorie : on rentre dans le domaine du brutal.
On reste sur un chant guttural et un jeu très rapide. Le guitariste joue d’un instrument qui tient déjà plus de la tronçonneuse et hurle dans son micro à intervalles réguliers. On dirait un peu une sorcière, fan de hard-rock des années 1970, qui se serait coincée les couilles dans une portière de 504 break. La fosse est nettement plus agitée, ça slame et ça pogote à tout va. La température monte rapidement et j’avoue qu’au milieu de tous ces hommes à cheveux longs, des effluves de bière, de transpiration et de « Brut » de Fabergé, je commence sérieusement à douter de mon hétérosexualité.
Arrive le passage obligé de la reprise. C’est « Nazi Punks Fuck Off » des Dead Kennedys qui y passe. Vous aurez compris, ici, pas de facisme, pas de racisme, pas de violence (bof quand même). Ambiance plutôt anarcho gaucho bon esprit malgré les looks parfois un peu radicaux.

Après le concert je remonte m’enfiler quelques bières avec certains de mes nouveaux compagnons de révolte. Ils me surnomment « l’enculé de bobo » et menacent de me casser la gueule mais tout se finit bien rassurez-vous, sans doute un peu grâce à l’arrivée du guitariste avec qui j’officie en tant qu’interprète improvivé. Je deviens alors plus utile vivant que mort. Bref, j’ai fait un concert de Napalm Death…

Koorenay

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